Les transports urbains représentent 25% des émissions de CO2 des transports, qui eux mêmes provoquent plus d’un quart des émissions totales françaises. Aussi dans les villes, quantité de nouveaux concepts de transports tentent d’émerger, mais les modèles économiques se cherchent. En 2011, l’autopartage devrait réaliser la percée la plus visible. Pour preuve, l’entrée en Bourse triomphale mi-avril de l’américain Zipcar, premier groupe d’autopartage des Etats-Unis et du monde.

Pression environnementale et évolution sociétale

Si l’arrivée des véhicules électriques peut réduire les émissions de CO2 des transports – leur bilan carbone reste à analyser – de nombreuses autres pistes sont explorées, essentiellement dans les grandes villes. L’idée fait son chemin : le programme « Transports 2050 » adopté fin mars par la Commission européenne s’est fixé comme objectif de réduire de moitié le nombre de véhicules à carburant traditionnel dans les villes européennes d’ici 2030 puis de les éliminer d’ici 2050. Les trois-quarts des trajets dans les villes européennes sont encore effectués en voiture.

Le modèle de société fondé sur l’automobile, tel qu’il s’est construit tout au long du XXe siècle, est prêt à évoluer : en quelques années, la voiture semble avoir déserté l’imaginaire des jeunes générations, au point que sa possession ne constitue plus une priorité, ce qui ouvre la porte à de nouveaux modes de déplacement. Parallèlement, l’engouement pour les nouvelles technologies de communication favorise l’essor de services de transport novateurs : le covoiturage et l’autopartage s’appuient sur Internet et des applications de géolocalisation disponibles sur les smartphones. L’éco-mobilité de demain sera une mobilité 2.0.

Le cadre réglementaire instaure aussi une pression. Parmi les mesures récemment entrées en vigueur, la loi Grenelle 2 du 12 juillet 2010 rend obligatoire la réalisation d’un bilan carbone pour les collectivités de plus de 50 000 habitants et les entreprises de plus de 500 salariés. La loi sur l’air et l’utilisation rationnelle de l’énergie (LAURE) oblige, par ailleurs, les agglomérations de plus de 100 000 habitants à mettre en place un Plan de déplacements urbains (PDU). Celui-ci, à l’instar du Plan de déplacements en entreprise (PDE), vise à réduire l’utilisation de l’ « auto-solo » en ville ainsi qu’à développer les transports collectifs et les modes de transports propres. L’initiative locale, enfin, joue un rôle déterminant dans la mise en place de nouvelles mobilités. Mais les marchés restent encore embryonnaires.

L’autopartage accélère en France

Parmi les nouveaux modes de transports alternatifs, l’autopartage est l’un des plus en pointe et attire de grands groupes d’horizons différents, qui se retrouvent parfois concurrents et parfois associés dans les appels d’offres. Parmi les plus actifs figurent les entreprises de transport urbain comme Veolia Transport, Keolis (filiale de la SNCF) ; les loueurs spécialistes de la gestion des flottes automobiles (Avis, Hertz, ALD Automotive), les constructeurs automobiles, en particulier Citroën et Bolloré, ou encore les spécialistes du stationnement, en tête Vinci Park, Lyon Parc Auto.

La plupart de ces acteurs ont d’abord proposé des services avec des voitures thermiques, mais de plus en plus, ils s’orientent vers une flotte électrique. Le marché est aujourd’hui en phase d’accélération et présente un potentiel important. Selon une récente étude du cabinet Xerfi , la France compte 25 000 utilisateurs pour un chiffre d’affaires estimé à 12,5 M€ en 2010. Mais le nombre d’abonnés pourrait atteindre 140 000 personnes en 2015 et le chiffre d’affaires pourrait être multiplié par six. Une autre étude, réalisée en 2009 par le cabinet Oliver Wyman, estime, à terme, le potentiel de l’autopartage en France à 200 000 véhicules et à plus de 700 000 utilisateurs, soit un peu plus de 1% de la population. Les collectivités sont à l’origine des principaux dispositifs existants ou en cours de lancement. Pionnière dans le domaine, la ville de La Rochelle a mis en place un programme de véhicules électriques en autopartage en France, il y a plus de dix ans.

2011 est une année charnière pour le marché avec le lancement de plusieurs services. Ce sera le cas dès ce printemps à Nice qui installe le système Autobleue, où 210 voitures électriques seront progressivement réparties sur 70 stations de la ville et des communes voisines. Le groupement Venap, porté par Veolia Transport et EDF, a remporté, fin 2010, l’appel d’offres pour la mise en place et l’exploitation de ce service. Une vingtaine de stations sont déjà opérationnelles depuis début avril.

L’ambition d’Autolib

À l’automne 2011, c’est Autolib’, le système initié par la Ville de Paris qui deviendra opérationnel dans la capitale et dans une quarantaine de villes de la région Île-de-France. Bolloré a remporté, fin 2010, l’appel d’offres pour ce futur service de véhicules électriques en autopartage de Paris et d’Île-de-France, qui doit démarrer dès octobre prochain avec 250 exemplaires de sa citadine BlueCar. Il a devancé un groupement mené par Veolia, et un consortium réunissant la SNCF, la RATP, Avis et Vinci Park.

Autolib’ représentera un réseau de plus de 1 000 stations dès 2012, réparties sur plus d’une quarantaine de communes. Le dispositif est sans précédent en Europe de par l’ampleur de la flotte déployée : plus de 3 000 BlueCar sont attendues à l’horizon 2016. Bolloré investira plus de 100 M€, les pouvoirs publics apporteront 50 M€ pour financer en partie le réseau des bornes de charge. Autolib’ engloutira 80 M€ par an de dépenses de fonctionnement pour des recettes estimées à 95 millions. Bolloré estime prudemment qu’il mettra sept ans pour atteindre l’équilibre, pour un service dont il assurera l’exploitation pendant douze ans.

D’autres concurrents s’annoncent à Paris : le loueur Avis vient de rebaptiser son service Okigo de location en libre service du nom d’Avis on Demand, un service lancé avec Vinci en 2007 mais repris à 100% par Avis en février 2011. Il vise Paris mais aussi Lille, Lyon et Bordeaux, puis des capitales européennes.

En Allemagne, le loueur Sixt vient de s’allier au constructeur BMW pour créer DriveNow, un service de location courte durée dans les villes d’Europe, en commençant par Berlin et Munich. Et Daimler, qui a déjà déployé son service d’autopartage car2go à Ulm en Allemagne et Austin au Texas, a noué début 2011 un accord avec le loueur Europcar pour conquérir Hambourg, puis surtout Amsterdam avec 300 Smart électriques.

C’est en Amérique du Nord que l’autopartage a gagné le plus de terrain ces dernières années. Aux États-Unis, Zipcar, le leader, est né il y a dix ans. Toujours très déficitaire – maintenir la flotte coûte cher – il compte déjà 600 000 abonnés et gère 7 000 voitures aux États-Unis, en Grande-Bretagne et au Canada. Il se développe désormais en Europe.

Signe des temps, son modèle d’utilisation sans propriété a séduit la Bourse : le 15 avril, il a réussi une introduction triomphale au Nasdaq de New York en levant 174,3 millions de dollars, au lieu des 89 millions attendus, et son action a presque doublé à la première cotation.

Une rentabilité à trouver

Ces dispositifs nécessitent des investissements massifs et les modèles économiques se cherchent encore entre subventions et abonnements payés par les utilisateurs. À La Rochelle, le dispositif, géré depuis quatre ans par Veolia Transport, n’est pas encore rentable. Les opérateurs devront atteindre une taille critique pour rationaliser les coûts, tout en offrant flexibilité et proximité, avec un maillage territorial très fin pour séduire les utilisateurs.

Mais dans tous les cas, l’autopartage devient une vitrine pour les constructeurs désireux de montrer leurs voitures électriques et un symbole de modernité pour les collectivités.

Le covoiturage peine à décoller

Le covoiturage est l’utilisation d’une même voiture particulière par plusieurs personnes effectuant un trajet identique afin d’alléger le trafic routier et de partager les frais de transport. Une idée qui a inspiré la création de plusieurs start-up ces dernières années en France, pour proposer des sites et des logiciels de mise en contact des utilisateurs, telles que Comuto (site : covoiturage.fr), Green Cove (site : 123envoiture.com), Ecolutis (site : easycovoiturage.com).

Ces jeunes sociétés proposent, via leurs sites, des services aux particuliers mais aussi aux entreprises désireuses d’organiser le covoiturage entre leurs salariés ou leurs clients, comme Ikea ou la Maif, par exemple. Le covoiturage connaît un vrai succès d’estime : selon l’édition 2010 du Baromètre Macif de la mobilité durable, 91 % des Français le connaissent et 26 % l’ont déjà pratiqué. Mais cet usage reste limité. Comuto, le plus en avance dans l’Hexagone, annonce près de 800 000 membres inscrits sur son site à fin 2010 mais espérait seulement 350 000 € de chiffre d’affaires pour 2010.

Malgré son étroitesse, le secteur intéresse les investisseurs. Green Cove et Comuto ont tous deux levé des fonds ces dernières années, le premier auprès du jeune fonds Écomobilité Partenaires, créé par la SNCF, et de Norauto, le second auprès du fonds d’investissement Isai, lancé par des entrepreneurs de l’Internet comme Pierre Kosciusko-Morizet (PriceMinister) ou Geoffroy Roux de Bézieux (Virgin Mobile).

Un modèle tiers qui monte

Solution hybride, l’autopartage de particuliers à particuliers – sorte d’autopartage 2.0 -, à mi-chemin entre le covoiturage et l’autopartage commercial, avec un zeste de réseau social. Sur la base d’une dynamique locale, il s’agit de partager sa voiture personnelle avec ses amis, ses voisins, ses collègues ou ses proches, pour réaliser des trajets différents à des moments différents. En France, les pionniers comme Deways, Voiturelib’, Livop ou CityZenCar ont vu débarquer début avril Buzzcar, créée par la fondatrice de Zipcar Robin Chase, épaulée par GoLoco, qui a marié réseau social et communautés de covoiturage aux États-Unis, et par le groupe français Mobivia (ex-Norauto) Buzzcar démarrera par Lille et Nantes.

Autre expérience, la commune d’Issy-les- Moulineaux (Hauts-de-Seine) expérimente, par exemple, un concept de la jeune société SmartGrains : des capteurs sont installés sur les parkings en voirie pour identifier les places disponibles et l’information est ensuite transmise aux conducteurs sur leur smartphone, ce qui réduit le temps passé à la recherche d’une place.

Enfin des moyens de transport très traditionnels, comme les rickshaws – ces tricycles à propulsion humaine ou mécanique très utilisés en Asie – font de timides apparitions dans les villes. Mais leur usage reste, pour l’instant, anecdotique en matière de transport de passagers. Ils ont sans doute un avenir plus important dans la logistique « du dernier kilomètre » pour les livraisons de colis.

2011 est aussi l’année 1 des voitures électriques

Les premières voitures électriques arrivent au compte-gouttes sur le marché depuis quelques mois. 1 500 véhicules électriques de toutes catégories ont été immatriculés en France en 2010, dont 184 véhicules personnels contre seulement une dizaine en 2009, selon le journal professionnel Autoactu, dont des Peugeot iOn, Citroën C-Zéro, Renault Fluence, Smart Fortwo, Mini ou encore Think City. La plupart ont été immatriculés dans le cadre de programmes d’expérimentations. Le développement de ces véhicules, souvent de faible autonomie et qui vise surtout les déplacements urbains, ne pourra réussir que si sont installés des réseaux de bornes de recharge en ville, encore inexistants. Sur ce point, les financements des pouvoirs publics et des collectivités locales s’annoncent cruciaux.

Par GreenUnivers.com pour INNOV’ECO


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