Prenez un bâtiment : si vous lui appliquez des technologies de construction économes, sa consommation d’énergie peut baisser de moitié. Si vous le dotez d’un système de gestion intelligente et automatisée de l’énergie, vous pouvez également réduire sa consommation de moitié. Si en outre les appareils électriques qui l’équipent sont eux aussi économes et branchés à un système de pilotage intelligent, la consommation peut encore diminuer de moitié. En cumulant ces trois techniques, un bâtiment peut donc réduire ses coûts d’énergie de près de 90% ! C’est donc un formidable gisement d’économie d’énergie, probablement le plus important en France.

Entre chauffage, éclairage et refroidissement, les bâtiments sont à l’origine de presque la moitié de la consommation d’énergie de l’Hexagone. Pour y remédier, la France est devenue l’un des pays les plus vertueux du monde pour le neuf, en édictant de nouvelles normes très contraignantes.

En juillet 2010, la France a en effet adopté une nouvelle règlementation pour le neuf, la RT 2012, qui vise à diviser par trois la consommation d’énergie des bâtiment neufs en la ramenant à 50 kWh/m²/an. Pour 2020, la France imposera à tous les nouveaux bâtiments d’être « à énergie positive ».

 

Des contraintes difficiles

La RT 2012 s’appliquera progressivement entre juillet 2011 et 2013 selon les types de bâtiments. Mais elle provoquera inéluctablement une envolée des coûts de la construction, de 5 à 10% selon la Fédération française du bâtiment.

Mais 99% des bâtiments sont anciens : tout progrès sera donc lent à mettre en œuvre car il faudra convaincre chaque propriétaire. Il faut donc aussi s’attaquer à la rénovation thermique de l’ancien, soit 30 millions de logements, ainsi que près d’un milliard de m2 de bâtiments industriels et commerciaux, responsables d’un quart de la consommation du secteur.

Pour respecter les objectifs du Grenelle de l’Environnement de réduire de 38% la consommation d‘énergie des bâtiments existants d’ici à 2020, il faudra rénover 400.000 logements par an à partir de 2013, ce qui nécessitera 208 milliards d’investissements privés et publics sur 10 ans, sans oublier des efforts colossaux de formation des professionnels du bâtiment.

 

Un marché de 200 milliards en 10 ans !

La rénovation thermique d’un logement ancien coûte cher : 200 €/m² environ. Aussi l’Etat a-t-il mis en place des incitations financières : éco-prêt à taux zéro, maintien de la TVA à 5,5% pour les travaux… 2010 a aussi vu se préciser un futur fonds de 500 M€ d’aide à la rénovation pour les propriétaires à faibles revenus.

Mais il faudra une nette accélération : le chiffre d’affaires du secteur de la rénovation thermique, actuellement de 6 à 8 milliards par an environ, devra être multiplié par deux ou trois d’ici 2012 pour atteindre 18 à 22 milliards d’euros chaque année pendant les 10 ans qui viennent. Et les emplois devront doubler.

Pour 2011 et les années suivantes, l’Etat veut montrer l’exemple : déjà 40% des surfaces des bâtiments publics avaient été « recensés en vue d’un audit énergétique ». Autre nouveauté à surveiller cette année, le futur décret sur l’obligation de rénovation énergétique des bâtiments tertiaires, prévue par le Grenelle 2.

 

Les grands groupes bien positionnés

Outre les 300.000 entreprises de bâtiment, les trois majors français du BTP, Vinci, Bouygues et Eiffage, ont pris le virage du bâtiment vert. Bouygues Immobilier a systématisé en 2010 la demande de labellisation Bâtiment basse consommation (BBC) de ses programmes et commence à concevoir des bâtiments à énergie positive. Côté matériaux, le cimentier Lafarge multiplie les innovations en matière de construction durable.

A citer aussi Saint-Gobain qui réoriente sa stratégie autour du « bâtiment vert », et qui table sur une progression de ce marché de 9 % par an. Il compte réaliser 38 % de son chiffre d’affaires dans l’efficacité énergétique en 2015.

Schneider Electric est l’un des champions mondiaux des « bâtiments intelligents », en concurrence avec des leaders de l’automation comme Siemens, General Electric, Honeywell et IBM. Schneider Electric est d’ailleurs à l’origine de HOMES (Habitat et bâtiment optimisé, maîtrise de l’énergie et services), le plus gros programme européen dans le bâtiment vert, lancé avec 14 partenaires, et doté d’un budget de 88 M€, dont 39 M apportés par l’État français.

 

Le smart building, le marché d’avenir

La nouvelle étape du bâtiment vert sera le bâtiment intelligent, équipé de systèmes automatiques de pilotage pour optimiser la consommation d’énergie. Un secteur à peine émergent dans l’Hexagone, loin derrière par exemple la Corée du Sud qui a déjà lancé de grands programmes. Aux Etats-Unis, les grands groupes multiplient les rachats de spécialistes de ces nouvelles techniques : Siemens a racheté Site Controls et Johnson Controls vient de reprendre EnergyConnect.

En France, la notion d’ « intelligence » dans les bâtiments est apparue depuis dix ans dans les bâtiments neufs du tertiaire, principalement dans les grandes surfaces (plus de 10 000 m2). Les coûts de ces techniques ont beaucoup baissé, revenant à environ 4 à 5 % du coût de construction. D’où leur diffusion maintenant dans des bâtiments plus petits, y compris de 5.000 m2.

Avec les nouvelles règles thermiques, le taux d’équipement devrait nettement progresser et ce marché devrait connaître un grand essor. Selon Olivier Cottet, directeur marketing du Programme HOMES chez Schneider Electric, « 20 à 25% des bâtiments neufs du tertiaire seront intelligents dans les années qui viennent et 2011 ira plus loin, avec non seulement des bâtiments intelligents mais des éco-quartiers et des green cities ».

Et selon IBM, au plan mondial les technologies de l’information destinées au bâtiment vert verront leur marché doubler dans les 5 ans, en passant de 3 milliards de dollars en 2010 à 6 milliards ou plus en 2015.

Cependant, la valeur « verte » des biens immobiliers tarde à être reconnue sur le marché. C’est le but de la nouvelle règle qui oblige à mentionner sur toutes les annonces immobilières (soit 600 000 ventes et un million de locations par an) une « étiquette carbone » indiquant la performance énergétique du logement. Mais comme l’a montré une récente enquête de l’UFC-Que Choisir, les diagnostics de performance énergétique ont encore besoin de s’améliorer pour devenir une référence incontournable.

GreenUnivers.com

 

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