Produire de la chaleur et de l’électricité, fournir un carburant pour les véhicules, remplacer des composants chimiques pour les emballages ou des châssis de voitures, renforcer l’isolation des bâtiments… Dans une économie circulaire et décarbonée, les matières issues du végétal offrent des débouchés multiples et diversifiés, à condition de veiller à leur bonne utilisation sur le plan environnemental.

Parmi les possibilités offertes par le bois et ses dérivés, la production d’énergie occupe déjà une place de choix et connaît actuellement un développement spectaculaire. Le marché européen pourrait ainsi croître de plus de 50% d’ici à 2013, selon un récent rapport du cabinet conseil allemand Ecoprog et de l’institut Fraunhofer Umsicht.

Sur les cinq dernières années, environ 350 sites de production d’énergie à base de biomasse (bois, paille, déchets végétaux…) ont vu le jour en Europe, représentant une puissance installée de plus de 2 000 MW. L’étude estime que près de 3 000 MW supplémentaires devraient être ajoutés d’ici à cinq ans. Le nombre total d’installations pourrait grimper à 1 050 en 2013.

Si les pays scandinaves, l’Allemagne et l’Autriche ont tiré le marché ces dernières années, aujourd’hui, la Grande-Bretagne et la France connaissent à leur tour un véritable boom, grâce à une réglementation plus favorable et à la mise en place d’aides financières.

La France a de sérieux atouts avec d’importantes réserves forestières, même si elle a besoin de mieux organiser sa filière bois. Les pouvoirs publics comptent bien en profiter : ils ont fixé un objectif de 2 300 MW à l’horizon 2020, contre un peu plus de 700 MW aujourd’hui.

Pour atteindre ce but, un tarif d’achat plus incitatif a été institué début 2010, des crédits d’impôt soutiennent l’achat de chaudières à bois pour les particuliers et les financements publics sont nombreux : dans le cadre de l’appel à projets « Biomasse 3 », 32 projets vont être soutenus financièrement pour installer 266 MW alors que le fonds Chaleur géré par l’Ademe est doté de 1 milliard d’euros d’ici à 2013.

La filière est déjà très active avec de grandes entreprises : des énergéticiens comme EDF, GDF Suez, Poweo ou Séchilienne Sidec, qui produit de l’énergie à partir de bagasse dans les DOM-TOM, mais aussi les deux grands exploitants de réseaux de chaleur, Dalkia (filiale de Veolia et d’EDF) et Cofely (filiale de GDF-Suez) qui peuvent équiper en chaudière bois leurs réseaux de chauffage urbains.

Et ces acteurs multiplient les investissements : GDF Suez vient par exemple d’annoncer la construction d’une très grosse centrale en Pologne, de 190 MW, qui nécessitera un investissement de 240 millions d’euros. En Ile de France, Dalkia a mis en service il y a quelques mois l’une des plus grandes chaufferies biomasse de France (25 MW de puissance), à Cergy-Pontoise (Val d’Oise). Elle doit produire 360 000 MWh d’énergie thermique par an et est raccordée au réseau de chaleur collectif de l’agglomération de Cergy Pontoise qui dessert 33 000 équivalents logements en chauffage et en eau chaude, ainsi que de nombreux sites industriels implantés sur la zone.

Autre signe de la vitalité de la filière : les start up éclosent et les investisseurs sont au rendez-vous. L’entreprise francilienne EO2, qui produit des granulés de bois (pellets), a récemment bouclé une levée de fonds de 6,6 millions d’euros alors que Bioval Environnement, qui se positionne comme intermédiaire entre les exploitants forestiers et les chaufferies, a finalisé un premier tour de table de 2 millions d’euros.

Agrocarburants : de nouvelles générations en préparation

La filière des agrocarburants (ou biocarburants) est aussi en effervescence. Malgré les critiques sur leur bilan environnemental et la concurrence portée aux cultures vivrières, leur production mondiale a plus que triplé entre 2000 et 2008 et correspond à plus de 2% de la consommation mondiale de combustibles pour le transport, d’après la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture).

Après les agrocarburants de première génération, les espoirs se portent sur les deuxième et troisième générations, moins néfastes pour l’environnement. Quelque 170 biocarburants à base d’éthanol cellulosique, de déchets, d’algues ou encore de bois sont actuellement en développement, selon une étude américaine de Global Biofuels Center. Mais le stade de la commercialisation n’est pas encore atteint : seuls 30% devraient déboucher sur une exploitation commerciale d’ici à 2015, selon l’étude. C’est donc l’éthanol à base de canne à sucre, de maïs ou de colza ou encore le biodisesel issu d’huile de palme qui devraient continuer à dominer le marché.

La France a des objectifs ambitieux dans le domaine : elle vise 7% de biocarburants en 2010, plus que l’objectif européen de 5,75%. Grâce à des fonds publics et privés, des programmes pilotes se développent comme le programme de biodiesel de deuxième génération, appelé « BioTfuel », dont l’objectif est de tester la fabrication de diesel et de kérosène à partir de biomasse, de résidus agricoles comme les coques de tournesol, de petits morceaux de bois…

Un autre programme de recherche existe dans la filière essence : un projet de bioéthanol de deuxième génération, baptisé « Futurol », qui réunit une dizaine de partenaires.

Là encore, les start up éclosent, à l’image de Fermentalg, qui veut produire des agrocarburants à base d’algues, ou de Deinove, qui vient d’entrer en Bourse et est spécialisée dans les bactéries déinocoques appliquées aux biocarburants et à la chimie verte.

Bioproduits : un marché encore très émergent

Le monde végétal a aussi une autre carte à jouer, dans la fabrication de bioproduits. Le marché mondial émerge à peine, mais il pourrait se révéler prometteur : les céréales, les tubercules ou encore les oléagineux peuvent, par exemple, permettre de fabriquer des bioplastiques à la place de matières fossiles.

L’association European Bioplastics prévoit une multiplication par 6,5 du marché des bioplastiques, en volume, entre 2007 et 2013. Il est vrai que le chemin à parcourir est long : les bioplastiques ne représentaient, en 2007, que 0,3% du marché mondial du plastique (en volume).

Les débouchés concernent les emballages mais aussi l’automobile, par exemple : le groupe PSA veut tripler la part des matériaux verts dans les pièces en plastique de ses voitures d’ici à 2011. Une aubaine pour les exploitants agricoles qui pourraient trouver là de nouveaux débouchés.

> Les chiffres clés – Agrocarburants, Biomasse/Bois énergie, Biomatériaux

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