Des panneaux photovoltaïques envahissant les déserts de Californie et les hauts plateaux de Mongolie, des éoliennes offshore cernant les côtes de la Grande-Bretagne, une éco-ville fonctionnant avec 100% d’énergies renouvelables à Abu Dhabi : les énergies vertes déferlent sur la planète.

En 2004, les nouvelles énergies renouvelables (solaire, éolien, géothermie, biomasse, petit hydroélectrique) ne représentaient que 180 GW de puissance installée dans le monde, selon le bilan de l’organisme international REN21. Fin 2008, elles avaient déjà grimpé à 280 GW ! Globalement, elles occupent une place encore très modeste : pas même un dixième de la puissance énergétique mondiale. Mais elles gagnent du terrain : 120 milliards de dollars ont été investis dans le secteur en 2008, contre 20 milliards quatre ans plus tôt…

Malgré le récent échec du sommet de Copenhague, leur déploiement va encore s’accélérer. Les pouvoirs publics sont le principal aiguillon de cette révolution. Très en pointe, l’Union européenne s’est ainsi fixé un objectif de 20% d’énergies renouvelables en 2020. La réglementation devient plus favorable et l’argent public et privé afflue.

Des chantiers pharaoniques

Dans le monde entier, les chantiers se multiplient et les records sont pulvérisés.

Dans l’éolien, les Etats-Unis ont installé 9,92 GW en 2009, soit un bond de près de 40% de la puissance installée du pays qui atteint désormais plus de 35 GW, de quoi alimenter 9,7 millions de foyers, selon l’Association américaine de l’éolien (AWEA). L’Allemagne arrive en deuxième position avec 26 GW installés, juste devant la Chine qui a tout simplement doublé ses capacités l’année dernière pour atteindre 24 GW !

Toujours dans l’éolien, mais offshore, la Grande-Bretagne va planter 6 400 éoliennes au large de ses côtes dans les dix prochaines années, de quoi fournir, à terme, près d’un quart de l’énergie dont le pays a besoin.

Le solaire n’est pas en reste. En Chine, le groupe américain First Solar a conclu un accord de principe avec le gouvernement pour construire une centrale de 2 GW dans le désert de Mongolie intérieure, près d’Ordos City : le record du monde, à ce jour. Et le pays a de grandes ambitions : il veut porter ses capacités solaires installées en 2020 à au moins 10 GW, contre seulement 100 MW fin 2008.

Grâce aux nombreuses subventions accordées aux projets solaires, la Chine pourrait atteindre 2 GW de nouvelles capacités dès 2011. Une goutte d’eau, il est vrai, par rapport à ses 800 GW de capacités de production d’énergie actuelles, dont les trois quarts proviennent des centrales à charbon…

Plus modestement, en France, les énergies renouvelables (hydroélectricité incluse) représentent désormais 12,5% de l’énergie consommée, selon le Syndicat des énergies renouvelables. Elles sont portées par des tarifs d’achat avantageux. L’engouement est tel que les pouvoirs publics viennent de réduire les tarifs de certaines installations solaires intégrées au bâti pour éviter une bulle spéculative.

La création de ces nouveaux marchés fait naître des filières industrielles, des fabricants aux installateurs en passant par les multiples sous-traitants. En matière de R&D, l’effort est aussi intense. Car si les énergies renouvelables sont en partie matures, de nombreux chantiers restent ouverts, par exemple pour améliorer le rendement des cellules solaires et abaisser les coûts de production, encore trop élevés pour lutter contre les énergies fossiles sans le coup de pouce des aides d’Etat. Les laboratoires travaillent sur des cellules de troisième génération, s’appuyant sur les nanotechnologies par exemple.

Le défi de l’intégration en ville

Si elles s’épanouissent dans les zones rurales, les énergies renouvelables doivent encore conquérir les villes.

Les éco-villes nouvelles constituent un formidable laboratoire. Dans l’émirat d’Abu Dhabi, la ville « zéro émission, zéro déchet » de Masdar City, dont le budget officiel s’élève à 22 milliards de dollars et qui doit être inaugurée en 2016 avec à terme 50 000 habitants, fera la part belle au solaire.

Dans les villes existantes, le défi est tout autre. Le solaire thermique a certes réussi une belle percée, notamment en Chine où les chauffe-eau solaire poussent comme des champignons sur les toits des habitations, mais intégrer du photovoltaïque, de la géothermie ou de l’éolien en milieu urbain reste complexe. L’aménagement de l’espace et l’architecture ne s’y prêtent guère et la population est parfois réservée sur l’impact visuel.

Pourtant, les grandes capitales sont bien décidées à avancer. La ville de New York veut installer des éoliennes et des panneaux solaires au sommet des gratte-ciel. La municipalité compte aussi construire des centrales géothermiques et profiter de la force motrice de l’East River et de l’Hudson.

A Paris, le Plan Climat a fixé un objectif de 25% d’énergies renouvelables en 2020 sur le territoire, et plusieurs expérimentations sont en cours (cf focus). Même la Tour Eiffel pourrait céder à la vague verte : la Société d’exploitation de la Tour Eiffel (Sete) étudie la possibilité d’installer des panneaux photovoltaïques sur les toits des boutiques et de la promenade, au premier étage. Leur contribution serait certes modeste : ils pourraient produire environ 0,4% des 6,8 GWh que consomme la vénérable dame de fer chaque année. Mais quel symbole pour les énergies renouvelables dans la capitale !

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