Le monde croule sous les déchets : entre 3,4 et 4 milliards de tonnes de déchets ont été produits en 2006, selon l’Institut des matières premières CyclOpe. Et malgré un ralentissement observé début 2009 pour cause de baisse de la consommation et de la production, la tendance de fond reste à l’inflation.
La France ne brille pas par ses résultats : chaque Français produit 390 kilos de déchets par an et le pays tout entier a atteint quelque 868 millions de tonnes de déchets en 2008, selon l’Ademe.
Premier contributeur, le secteur de l’agriculture et de la sylviculture avec 374 millions de tonnes de déchets devant le BTP (359 millions), dont plus d’un tiers des déchets n’est pas valorisé. Viennent ensuite les entreprises (90 millions) et les ménages (31 millions de tonnes). A Paris, 100 kilos de déchets sont jetés toutes les trois secondes.
Halte à l’inflation !
Mais les ressources ne sont pas inépuisables et coûtent de plus en plus cher. Les pouvoirs publics ont donc pris des engagements drastiques pour mettre fin à l’inflation des déchets et surtout pour mieux les valoriser.
En France, le Grenelle de l’environnement a entériné des objectifs ambitieux : une réduction de la production d’ordures ménagères et assimilées de 7% par habitant pendant les cinq prochaines années, une réduction des déchets partant en incinération ou en enfouissement de 15% d’ici à 2012, un taux de recyclage fixé à 75% en 2012 pour les déchets d’emballages ménagers et les déchets des entreprises (hors BTP, agriculture, IAA et activités spécifiques) et à 45% en 2015 pour les déchets ménagers (contre 24% en 2004).
Pour atteindre ces seuils, un plan d’actions doté de 259 millions d’euros à l’horizon 2011 prévoit des mesures multiples : opérations de sensibilisation des citoyens et des collectivités, mise en place d’une tarification incitative, extension de la responsabilité élargie des producteurs… Plusieurs mesures concrètes ont par ailleurs déjà été votées au Sénat dans le cadre du projet de loi Grenelle 2 (qui doit encore être adopté par l’Assemblée nationale) : à partir du 1er janvier 2010, un affichage indiquera les produits générant moins de déchets dans les supermarchés, une éco-contribution tenant compte de l’éco-conception et de la recyclabilité des produits sera mise en place… Et en 2012, des étiquettes pédagogiques apparaîtront pour aider les consommateurs à mieux choisir en fonction de ce critère.
Cette révolution va concerner toute la chaîne de valeur : en amont, les entreprises devront concevoir des produits générant moins de déchets et plus faciles à valoriser en fin de cycle, avec un recours plus large aux matières recyclées. Ce qui nécessitera des technologies et des process nouveaux. En aval, le tri et la collecte doivent encore être améliorés avec, in fine, une valorisation plus forte.
Des plans d’actions territoriaux
Au niveau local, des plans d’amélioration sont déjà mis en place par les Conseils régionaux pour décliner les objectifs nationaux. En Ile-de-France, cette responsabilité est du ressort du Conseil régional. Il travaille depuis deux ans sur un Plan Régional d’Elimination des Déchets Ménagers et Assimilés (Predma) qui sera soumis au vote cet automne.
Ce plan prévoit une réduction des quantités de déchets produites sur dix ans de 50 kilos par habitant. Et fixe plusieurs objectifs en termes de valorisation, avec par exemple, à l’horizon 2019, un taux de recyclage des emballages de 75% et un taux de collecte des déchets d’équipements électriques et électroniques de 100%.
Si les capacités d’incinération doivent être cantonnés à leur niveau actuel (4 281 000 t/an : près de 60% des déchets ménagers franciliens sont incinérés, un record européen selon Eurostat), la valorisation énergétique devra augmenter.
Un secteur pourvoyeur d’emplois
Ce renforcement de la réglementation ouvre des opportunités aux entreprises en charge de la collecte, du recyclage et de la valorisation. En pointe, la France possède les deux leaders mondiaux du domaine, Suez Environnement et Veolia.
A l’ombre de ces géants présents dans le monde entier, des PME se développent, dont certaines atteignent une taille déjà importante comme le groupe Paprec, basé à La Courneuve en Seine-Saint-Denis (350 millions d’euros de chiffre d’affaires) qui emploie 2 000 salariés sur l’ensemble du territoire.
Plus de 16 000 salariés travaillaient dans les entreprises privées du secteur des déchets fin 2007, selon l’Observatoire régional des déchets d’Ile-de-France. Un effectif en hausse régulière. Si le tri et la collecte génèrent surtout des emplois peu qualifiés, ce n’est pas le cas de l’écoconception ou de la valorisation.
Plusieurs start-up franciliennes se développent sur ce dernier secteur. C’est le cas de Naskeo, créée en 2005, qui conçoit des sites de méthanisation et de valorisation des déchets organiques avec un effectif de 15 salariés dont 9 ingénieurs. Autre exemple, Bionersis, spécialisée dans la valorisation énergétique du biogaz de décharge, qui a signé des contrats dans le monde entier et gère des crédits carbone dans le cadre du protocole de Kyoto.
Des sociétés qui transforment nos déchets en énergie : de quoi bâtir une économie circulaire, qui utilise les déchets comme matières premières et énergétiques. Paris connaît déjà bien ce cycle : depuis des années, une partie des déchets non recyclables sont incinérés, produisant de la vapeur d’eau qui permet de chauffer et d’alimenter en eau chaude 210 000 logements de l’agglomération.
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