batiment-vert-idf1Fenêtres à simples vitrages, menuiserie laissant passer les courants d’air, mauvaise isolation des toits et des parois, chaudières peu performantes… Les quelque 700 millions de m2 de bâtiments d’Ile-de-France, région qui concentre 20% de la population française sur 2% du territoire, pourraient, s’ils étaient rénovés, générer des économies d’énergie considérables.

Le bâtiment consomme près de la moitié de l’énergie en France et génère 22% des gaz à effet de serre du pays : d’où la priorité au bâtiment de la loi II du Grenelle de l’Environnement, en cours d’examen au Parlement.

Objectif : provoquer un électro-choc dans le bâti français, en particulier en Ile-de-France,  en fixant des normes ambitieuses aux bâtiments neufs et en visant une baisse de 38% de la consommation d’énergie dans les bâtiments existants d’ici 2020.

C’est un pari ambitieux, car s’il est relativement aisé d’imposer de nouvelles exigences aux constructions neuves, il sera bien plus difficile de rénover le stock existant, qui représente 99% des constructions d’Ile-de-France.

Pour le neuf, la loi Grenelle va loin : elle impose une norme « basse consommation » dès 2012 (65 kwh/m2/an en Ile-de-France, 50 kwh/m2/an en moyenne en France pour le résidentiel) et le passage à l’énergie positive (des bâtiments produisant davantage d’énergie qu’ils n’en consomment, grâce à une enveloppe optimisée, et avec le recours aux énergies renouvelables,) pour 2020.

Chantier plus imposant, la loi a aussi décidé d’imposer des rénovations dans tous les bâtiments tertiaires existants (bureaux, équipements publics, hôpitaux …) de l’Etat et ses établissements publics dès 2012. Pour les propriétaires privés, le délai choisi est un peu plus long : à partir de 2012 ils devront engager des travaux d’amélioration thermique, et auront 8 ans pour les démarrer.

Il est également prévu une rénovation accélérée de la totalité des HLM et logements sociaux, nombreux en Ile-de-France, en commençant par les 800.000 au niveau national les plus dégradés, d’ici 2020.

En revanche, pour les logements anciens, conscients que de tels travaux d’amélioration thermique sont coûteux, et qu’ils seront pour l’immense majorité à la charge des ménages, les législateurs et le gouvernement ont été prudents : aucune obligation n’a été imposée aux propriétaires. S’y ajoute la difficulté d’agir dans les immeubles collectifs, en copropriété, un cas majoritaire en Ile-de-France ou les trois-quarts des logements sont collectifs.

Autre caractéristique de la région, son patrimoine historique : les architectes des bâtiments de France devront  davantage accepter des panneaux photovoltaïques sur les toits parisiens.

Inciter plutôt qu’obliger

Les pouvoirs publics ont donc choisi la carotte plutôt que le bâton : la loi prévoit uniquement des incitations financières, comme le prêt à taux zéro pour les travaux d’isolation (30.000 euros maximum), ainsi que des crédits d’impôts de 50% pour les équipements qui permettent d’économiser l’énergie. Les propriétaires et les copropriétés sont aussi encouragés à réaliser des diagnostics de performance énergétique.

Le gouvernement espère qu’au niveau national 80.000 foyers profiteront de ces dispositifs dès 2009 et 400.000 par an à terme.

Concrètement, c’est un mouvement d’entraînement général qui est visé, sur tous les types de travaux : isolation des fenêtres en poussant à un retrait du marché des simples vitrages, isolation des parois avec l’encouragement à l’isolation extérieure — par exemple recouvrir des murs de plaquettes de bois — une technique efficace peu utilisée en Ile-de-France, ainsi que l’isolation sous combles des toitures, le développement des chaudières nouvelle génération à gaz et à condensation.

Sans oublier des équipements à basse consommation d’électricité : lampes basse consommation, réfrigérateurs et lave-linge de classe A+.

De quoi faire bondir le marché du bâtiment vert en France. De 9 milliards d’euros en 2007, il devrait croître de 19% par an pour atteindre 22 milliards en 2012.

Si ces travaux sont réalisés comme prévus, ils permettront en 2012 des économies d’énergies équivalentes à 13% de la consommation de 2005, et la création selon l’Ademe de 215 000 emplois directs – encore faudra-t-il qu’ils aient été formés. Pour l’instant, selon un récent sondage auprès des chefs d’entreprise, seules 25% des entreprises de bâtiments proposent une offre spécifique en matière de « développement durable ».